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Blog on the rock

L'humour

L'humour

L’humour est un art difficile, voire risqué.

L’actualité nous en démontre régulièrement les limites.

Récemment, une polémique est venue nous rappeler qu’il ne suffit pas de raconter une blague pour susciter l’approbation joyeuse généralisée.

L’histoire qui suit, est l’histoire d’un homme, qui voulait faire rire. Une simple histoire à la base.

Invité dans une émission de télévision, il se lance :

-« Que dit-on à une femme qui a les deux yeux au beurre noir ? Rien. On vient déjà de lui expliquer deux fois. »

Dans les coulisses, un enfant vient le voir. Il lui dit qu’il n’a pas ri, qu’il n’a pas trouvé sa blague drôle. L’homme ne s’en offusque pas, se disant que chacun peut apprécier ou non un trait d’humour. Ce qu’il ne sait pas, c’est que l’enfant n’a pas apprécié la blague parce que pendant des années son père a frappé sa mère en sa présence.

En échange, l’enfant lui propose de lui raconter une blague à son tour :

-« C'est l'histoire d'un mec à qui on a raconté une histoire et qui l'a très bien comprise, mais qu'au moment de la raconter il était bien emmerdé avec.

 Et l'histoire qu'on y a raconté au mec, c'est l'histoire d'un éléphant qu'est dans la jungle.

 Un éléphant normal, blanc, y s'approche de la rivière pour boire.

 Y va à la rivière, y met un pied dans l'eau, y met deux pieds dans l'eau, y met sa trompe dans l'eau, et à ce moment-là, y a un crocodile qu'arrive et qui lui mange la trompe.

 Et l'éléphant se relève et lui dit :

 " Et fous trouffez cha trôle !"

Et le mec à qui on a raconté l'histoire, un jour y se trouve invité à dîner chez des amis, et vous savez comment c'est, souvent les mecs y s'invitent à dîner et y n'ont pas grand-chose à se dire.

- Alors et toi ça va, oui ben ça va, et toi ça va ?

- Oui, moi, ça va et toi ?

- Ben, ça va et toi ?

- Oui ça va, et toi ça va ?

- Oui, ça va et toi ?

- Ben, ça va et toi ?

- Ça va, et à part ça ?

- Ben, ça va...

 Oui, ben deux heures ça fait long.

 Et, au bout de deux heures, y a un mec qui fait à l'autre : " Hé, dis donc, toi qu'es rigolo, t'as qu'à nous raconter une histoire, toi qu'es rigolo."

Bon... Et le mec se lève et fait :

 " Ben voilà, c'est l'histoire d'un éléphant qu'est dans la jungle qui va au bord de la rivière pour boire, y met un pied dans l'eau, y met deux pieds dans l'eau, y met..."

 Et, à ce moment-là, y a la maîtresse de maison qui revient de la cuisine avec un clafoutis, et la maîtresse de maison a un bec de lièvre en plus du clafoutis, elle a un bec de lièvre qui part d'ici et qui finit comme ça...

Elle arrive et elle dit :

 " Qui ch'est qui feut du chlafoutis ?"

 Alors le mec il est bien emmerdé avec son histoire.

 "Alors l'éléphant y met trois pieds dans l'eau, tout ça, ceci, cela et puis à ce moment-là, y a un crocodile qui arrive, tout petit, et y lui mord la queue, tiens."

 Et la maîtresse de maison, elle fait :

 " Et fous trouffez cha trôle ?" »

L’enfant regarde l’homme qui lui fait face. L’homme se force à sourire, mais on sent bien que ça ne le fait pas rire. Il faut dire qu’il a, lui aussi un beau bec de lièvre.

L’enfant, qui était loin d’être bête, a bien compris pourquoi l’homme ne riait pas.

L’homme, lui, n’a pas compris pourquoi l’enfant lui a raconté cette histoire qui ne l’a pas fait rire.

Pourtant, il s’agit du même art : l’humour.

L’enfant ne veut pas que l’homme arrête de raconter des histoires drôles. Même celle-là. Il veut juste faire comprendre que malgré la douleur de certains, le rire doit rester le seul rempart à la bêtise humaine et pas devenir l’outil de la bêtise humaine.

Après avoir cité Coluche, je citerais Pierre Desproges :

-« S'il est vrai que l'humour est la politesse du désespoir, s'il est vrai que le rire, sacrilège blasphématoire que les bigots de toutes les chapelles taxent de vulgarité et de mauvais goût, s'il est vrai que ce rire-là peut parfois désacraliser la bêtise, exorciser les chagrins véritables et fustiger les angoisses mortelles, alors, oui, on peut rire de tout, on doit rire de tout. De la guerre, de la misère et de la mort. Au reste, est-ce qu'elle se gêne, elle, la mort, pour se rire de nous ? Est-ce qu'elle ne pratique pas l'humour noir, elle, la mort ? Regardons s'agiter ces malheureux dans les usines, regardons gigoter ces hommes puissants boursouflés de leur importance, qui vivent à cent à l'heure. Ils se battent, ils courent, ils caracolent derrière leur vie, et tout d'un coup, ça s'arrête, sans plus de raison que ça n'avait commencé et, le militant de base, le pompeux PDG, la princesse d'opérette, l'enfant qui jouait à la marelle dans les caniveaux de Beyrouth, toi aussi à qui je pense et qui a cru en Dieu jusqu'au bout de ton cancer, tous, nous sommes fauchés, un jour, par le croche-pied de la mort imbécile et les droits de l'homme s'effacent devant les droits de l'asticot. Alors, qu'elle autre échappatoire que le rire, sinon le suicide ? Poil aux rides ?

Donc, on peut rire de tout, y compris de valeurs sacrées (…) »

Ma petite conclusion :

S’il n’est pas simple de faire de l’humour, il ne faut pas qu’une poignée de censeurs idéalistes nous empêche de rire sous prétexte qu’une morale suprême devrait diriger nos actes et nos paroles.

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